La pause Maupassant s’est imposée d’elle-même. J’en ai lu ce matin et, en fin d’après-midi, suis descendu m’installer dans le salon avec Venise et son histoire, simplement pour le feuilleter page par page en regardant les images avant de le glisser dans la bibliothèque vénitienne. Les premiers mots du premier texte (Alain Vircondelet, organisateur de cette affaire, trois ouvrages consacrés à Venise réunis dans un coffret, j’espère que je n’ai pas loupé les autres dans la boîte – le mauvais temps et le vent m’ont empêché d’y retourner hier, j’irai demain – j’y suis allé, tout avait disparu, naturellement) m’ont accroché et je l’ai lu en entier, très beau texte que je ne serais pas loin de lui envier d’autant que j’aurais pu écrire certains passages, notamment au sujet de la sensation du « chez soi » – ça avait été l’une de mes premières impressions, la toute première fois, alors que le vaporetto dans la nuit nous emmenait à Lido : je rentrais chez moi. Dans la foulée, j’ai lu la deuxième au sujet de la lagune en me disant que si quelque chose de là-haut devait me manquer, ce serait la lagune, et m’étais dit que si j’y retournais un jour, ce serait pour y rencontrer quelqu’un (quelqu’une ?) qui me la ferait parcourir de bout en bout en bateau, quelqu’un qui la connaîtrait et me la ferait découvrir. Je ne sais pas grand-chose de la lagune ; à chaque fois, je me promettais de tenter de l’explorer davantage et, une fois sur place, je renonçais, ne me contentais que du vaporetto, des lignes de l’ACTV (Murano, Burano, Torcello, Certosa, San Servolo, je n’ai même jamais mis les pieds à San Erasmo), jusqu’à ne plus le prendre du tout les dernières fois, je faisais tout à pied ; de toute manière, il aurait fallu – et il faudrait – une embarcation privée, d’un particulier – particulière ? –, donc une rencontre, et de rencontre, il n’y a jamais eu – je ne suis pas quelqu’un qui rencontre… Venise en soi me manque-t-elle ? Je m’étais résolu à ne plus y mettre les pieds (quand était-ce, de quand date la dernière fois, sept, huit ans ?), j’y pense de temps en temps – et plus fortement quand je suis mis en présence d’un livre de ce type, ou vois, entends son nom –, me dis qu’il faudrait que j’y retourne au moins une fois, ne serait-ce qu’une journée, pour voir, comparer, a-t-elle encore changé ? (Dans le fond, c’est un peu comme une personne pas vue depuis des lustres et que je me refuse à revoir pour ne pas être confronté à son changement, son vieillissement, garder donc en moi la dernière image – en même temps, ce n’est pas tout à fait vrai puisque la dernière fois elle était déjà à l’état de quasi-cadavre.) Elle a dû changer, car ce qu’écrit Vircondelet, ce que j’aurais pu écrire de son texte, date de 2006 – ou avant, 2006 est l’année de publication –, c’est-à-dire du temps où de la fange elle parvenait encore à s’extraire pour se montrer glorieuse et flamboyante –, temps où je n’étais pas encore désenchanté (avant d’être blessé, puis meurtri, et enfin triste et amer). Vais-je y retourner ? Pour l’instant, rien ne va dans ce sens et je pense qu’il faudrait une invitation – Wilhelm ? mais Wilhelm sait qu’elle me dégoûte et que je ne veux plus y aller – pour me décider…) (Du reste, ma décision de ne plus y retourner était antérieure à la dernière fois : Wilhelm et Eva nous avaient proposé d’y aller avec Clémentine et Anastas, j’avais fini par accepter. C’était en juin 2017, il y a neuf ans, je viens de vérifier…) J’ai entamé la troisième partie pour vite renoncer ; elle est purement historique – dates, chiffres, batailles – et ça ne m’intéresse pas. J’en suis là. Je verrai demain (mais Maupassant me manque déjà)…

 

11 mai 2026