Pilar m’a invité au jour de naissance de Jean-Stéphane. Nous nous étions déjà rencontrés à plusieurs reprises sans parvenir à nous connaître davantage, l’occasion s’est enfin présentée. L’un de nos points communs est Guitry, il n’est pas loin de l’aduler, mais aussi les livres et le goût des mots. Il est exubérant, expansif, extraverti. C’est du moins l’apparence qu’il donne ; lorsque Pilar m’avait invité à son propre jour de naissance, j’avais constaté avec une certaine surprise qu’il n’allait pas bien. « Il est fatigué, déprimé », m’avait-elle dit. Aujourd’hui, je l’ai retrouvé tel que je le connaissais, jovial et gaillard ; mais, dans la nuit, lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, il s’est effondré. Il ne m’a rien confié de précis, mais j’ai compris qu’il s’agissait d’une histoire d’amour. Il essaie d’écrire et les deux sont sans doute liés. « Je t’offrirai le texte », m’a-t-il dit. Je lui ai dit qu’un jour je lui raconterai ma propre histoire, Olivette, les journals, l’opéra, la manière dont l’écriture s’était transformée depuis que je la connaissais. Je lui ai promis un exemplaire des Onze recettes... (Il a quelque chose de Zola dans le visage ; du reste, il lit et relit les Rougon-Macquart. « C’est plus fort que moi ; aussitôt que j’ai terminé, je replonge. » Il en entame la quatrième lecture…)

 

28 janvier 1996