Il faisait partie des livres que Jeanne avait avec elle, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage. À son arrivée, jeudi après-midi jusqu’à hier, je n’avais pas mis le nez dans Mai, avais consacré un peu de mon temps à Jeanne et lu, entre autres Murakami (Aruki), malgré ma résolution de ne plus en ouvrir un seul de lui après le désastre de 1Q84 ; mais celui-ci le précède – je suis même étonné qu’à l’époque il m’ait échappé. Je l’ai achevé hier avant de me remettre à Mai, 11 et 12 juillet et, en lisant les passages consacrées à Olivette, j’ai eu la drôle de sensation de continuer à lire Murakami, d’avoir devant les yeux ce qui m’irritait chez lui, principalement la relation amoureuse entre ses personnages et sa manière d’en parler, et cette manière je l’avais sous les yeux ; il aurait pu écrire ce que je lisais de mes rapports avec Olivette. (L’inverse n’est pas vrai et je pourrais donc en conclure que ce phénomène de mimétisme n’était dû qu’au fait que je sortais de sa lecture et qu’en me lisant, j’en étais encore imprégné. Il n’empêche…) Il écrit mal, c’est souvent nunuche, mais c’est l’impression que j’ai aussi, parfois, en me lisant parler d’Olivette : nunuche. Mais ce que je lis de moi – écrit il y a près de trente ans – est encore mal écrit et ça ne le sera plus puisque je travaillerai ces passages (lui, manifestement, ne le fait pas et je me demande dans quelle mesure il ne livre pas un brouillon, un premier jet sans se préoccuper de le relire et de le travailler), mais ce rapprochement, quasi similitude, m’inquiète un peu… Que pourrais-je dire que je n’aurais pas encore dit ? Mal écrit au départ, mal écrit par la traductrice qui se tient à la littéralité et n’est pas écrivaine. On en arrive donc à un texte balourd et agaçant. Pourtant, je suis allé jusqu’au bout (comme je le fais avec Amélie : ça m’agace, mais je vais jusqu’au bout). Il y a tout de même l’attraction d’une histoire, histoire – c’est ce qui en l’occurrence m’a en grande partie plu –, restée irrésolue. C’est une brume, et cette brume me plaît… Il n’empêche : à soixante-dix ans, Murakami écrit comme un adolescent. (C’est peut-être japonais après tout…) (À l’instant, je me demande si l’irrésolution de cette histoire – qui a violé, puis tué, par exemple, le lecteur n’en saura jamais rien – est volontaire. Il n’est pas impossible qu’il ne s’en soit pas soucié, c’est-à-dire qu’à un moment donné il en a eu assez, n’a pas voulu se casser la tête pour en arriver à une certaine cohérence et a livré son texte tel quel, à l’état de brouillon…)

 

15 juillet 2025