
Une jeunesse. C’était le dernier des six Modiano d’avant 1989 à relire. J’allais le remettre à sa place, ai eu comme un remords et finalement l’ai entamé (pour la quatrième ou cinquième fois : à chaque fois j’avais lu les deux premières pages et l’avais refermé – un parc, une partie d’échecs, une chute ; il me semble que je n’oublierai jamais ce décor d’introduction). Bien m’en a pris de passer ces deux pages : c’est remarquable. Modiano pur jus, avec ses personnages énigmatiques, son emploi bâtard du « dont », ses « celui-ci, celle-ci » scolaires, ses ruptures de phase inutiles et mal employées, mais le tout avec quelque chose de supplémentaire, d’inédit chez lui qui m’absorbe… (Pour l’instant, j’en suis à la page 122, une seule mention de l’Occupation et brève…) Lever mal fichu, les mains principalement, la droite de nouveau gonflée et écarlate, mais moins qu’hier (que se passe-t-il donc en moi pendant la nuit puisque je dors sans problèmes et sans quelque gêne ou douleur que ce soit ? tout commence à peine le pied posé hors du lit). J’ai fait un essai au piano, ça va. C’est revenu à la « normale » pour la saison, inutile que je m’étende… (Dans ma dernière lettre à Emerald – suite à ses questions : il est amateur de voitures anciennes –, je parlais de la BM et ai été amené à lui parler de Mercedes. À l’appui, une photo. Je pensais à l’une de celles à Frankfurt – en vérité la seule – près de la crèche Undertwasser ; j’y figure, à l’extérieur, prêt à ouvrir la portière conducteur. Je pensais l’avoir numérisée. Non. Alors, je suis allé à sa recherche dans nos albums. J’en ai trouvé, notamment celles prises lors du mariage de Caroline et Andrew, enrubannée. Mais pas celle que je cherchais. Il y en a bien une où, effectivement, je suis près de la portière, mais elle ne correspond pas à celle que j’avais en tête. Était-ce celle-là ? Je ne sais plus, tout en étant persuadé que non. Toujours est-il, et c’est là où je voulais en venir, que j’ai passé la totalité de nos photos en revue, elle, moi, nous – ce sont les albums qui nous sont consacrés – et surtout, elle, Éléonore. Quelle belle femme. Et je me demandais comment elle avait pu s’accommoder d’un type comme moi. Puis je me suis regardé, nous ai regardés ensemble, et me suis dit : quel bel homme. Et quel beau couple, en définitive…) (De la différence entre l’argentique et le numérique. Je reste persuadé qu’elle existe. Mais l’argentique avantage-t-elle le sujet ? Le numérique est-il plus proche de la « vérité » des visages ? Je me plais sur les photos en argentique, pas sur celles en numérique ; mais les numériques sont postérieures aux argentiques, j’y suis donc plus âgé – et le phénomène est identique pour Éléonore – et pour qui que ce soit d’autre, finalement...) (En même temps, peu de temps sépare les dernières en argentique et les premières en numérique. Il faudrait faire des argentiques aujourd’hui…)
24 octobre 2025