![]()
Emmaüs, chamboulement dans l’agencement de deux des trois salles dévolues aux livres. J’ai cherché le rayon des Que sais-je ?, ne l’ai pas trouvé, me suis renseigné. « On les a retirés, ça ne se vend pas – trois ventes en 2024 – et on avait besoin de place pour les polars. » J’en ai tout de même trouvé par hasard dans les rayons joints à quelques autres livres prélevés sans grande conviction d’autant que mes lombes commençaient à tirer. J’en avais six ou sept et lorsque je les ai posés sur le bureau, la dame m’a dit : « Vous avez droit à un livre gratuit. » Elle m’a indiqué une boîte sur le côté, une cinquantaine de livres, sans grand intérêt, mais je pouvais en tirer un bon pour la vente. Mais je me suis très vite aperçu qu’il ne s’agissait que d’offres d’éditeur, « offert pour l’achat de… » Pas de vente, donc, et que pouvais-je en tirer pour mon propre usage. Je vois alors un Ferey. J’ai dû lire deux ou trois livres de lui, et ce qu’il m’en reste est une mauvaise écriture (sauf pour l’un d’eux, j’ai oublié le titre, une histoire en Sibérie). Pourquoi pas. Ça s’intitule Les nuits de San Francisco, ça fait une centaine de pages. Je l’ai entamé cette nuit avant d’aller me coucher : on dirait le brouillon d’un adolescent. Ça a paru en 2014, il avait déjà bon nombre de livres derrière lui : à quoi sert-il d’écrire si, de livre en livre, on en est toujours au premier ? Il m’est revenu à l’esprit il y a une heure, et la pensée de le poursuivre donc en fumant ma première cigarette ; mais allais-je me forcer à continuer à lire cette mauvaise chose, mal écrite et bourrée de clichés ? Je m’y suis mis, seconde partie et tout à coup en une page ou deux, ça bascule, c’est écrit, ça devient intéressant et ça l’est surtout au moment où la fille (c’est l’histoire de la rencontre de deux rejetés, un homme et une femme) rencontre l’homme ; Ferey fait alors raconter la rencontre du point de vue de la fille (toujours à la troisième personne). Le procédé n’est pas neuf, mais ça marche et ça a marché jusqu’au bout avec une fin bienvenue en queue de poisson. Je pense que je vais le conserver…