Dans le fourbi du garage d’Augan aux alentours de midi, frais en conséquence – j’y fume ma cigarette, bien entendu, à bas les fumeurs –, je vais tenter d’écrire un peu, bien que je n’en aie pas la moindre envie. Que faire ici, qu’est-ce que je fais ici, qu’est-ce que nous faisons ici ? (« You are not a mother », m’avait dit Éléonore lorsque je lui en avais parlé : quel sens cela avait-il d’être dans un lieu de déménagement à six cent kilomètres de chez soi si on ne peut rien y faire ?) Éléonore a des traductions alors qu’elle est censée aider sa fille, remplir des cartons. Quel cartons, quoi y mettre sans la principale intéressée ? Du reste, elle arrive cette après-midi pour repartir lundi matin, aller retour Mulhouse-Augan. Pour quoi faire ? Directives ? Quoi qu’il en soit, ça promet de la tension entre elle et sa mère, entre Éléonore et moi, ça a déjà commencé hier soir, et comment ne pas être sous tension dans un tel endroit et surtout dans de telles circonstances ? (A-t-on donné un nom aux personnes qui accumulent, sont incapables de jeter quoi que ce soit et en arrivent à ne plus pouvoir circuler chez elles ? Une émission à la 6 leur était consacrée)… À notre arrivée, la voisine nous a remis les clefs, puis a mis le courant, le chauffage, l’eau chaude. Nous sommes ensuite allés au Champ commun, je découvrais l’endroit (Laura m’en avait parlé), une sorte de gros chalet, une boutique, un bistro, population entre écolos et babs comme des caricatures. Il n’empêche, c’était chaleureux (et avec ma barbe et mes cheveux longs, ils m’ont peut-être pris pour l’un des leurs). J’ai pris une Auganaise pression, bière du cru, quelconque. Mais j’avais acheté une Trappe triple, ça a rattrapé (pas de bière locales en canettes), un Lubéron (syrah, grenache, trop fruité, je ne l’aime pas). Repas sur le pouce, j’avais entamé une grille avec la Trappe, l’ai poursuivie après le repas et une étrange discussion avec Éléonore au sujet de la période qui m’a précédé, Rose « sortie » avec Achille, par exemple, tiens donc (avant qu’Éléonore tombe dans ses bras). Elle est allée se coucher, j’ai tourné en rond, pas même la place d’installer l’ordinateur, pas de siège convenable pour lire (sans compter l’éclairage blafard et agressif, simples ampoules au plafond), il n’était pas minuit, j’étais au lit avec la suite des Diaboliques, nouvelle suivante À un dîner d’athées, mais aucune envie de lire, j’ai lu deux mots et éteint…

 

16 janvier 2026