Guy à Jacques

 

 

%nous auront entourés, se seront transmises au support grinçant de nos frasques, lui auront donné vie jusqu’à nous revenir, me chauffer l’anus et augmenter mon excitation telles les ondes du banc chantant, un soir à l’église. Le chat avait fui le lit de notre nuit agitée et montait la garde devant la porte, ou, peut-être, gagné lui aussi par un désir libidineux, sera-t-il allé en miaulant à la recherche de compagnie pour satisfaire une obsession féline.

Ralda m’a réveillé, il faisait à peine jour. Elle avait le téléphone en main et, tandis que, curieux qu’il me raconte sa nuit, je parlais au chat une langue mâtinée de miaous taquins et de ronrons câlins, elle argotait un dialecte rude, de type sémitique, peut-être parlais arabe, ou plutôt persan, me semblait-il. Plus tard, on a frappé à la porte. Un homme, veste sur maillot de corps, est entré, lui a remis une enveloppe en échange d’une autre, de l’argent probablement. Elle m’en a montré le contenu. « Business. Je déteste la première classe» C’était deux billets d’avion : Cracovie-Berlin-Damas. «On va dire deux mots à Méthode !» « Et à Cyrille. » « Non. Méthode seulement. » « Qu’est-ce que tu as contre Cyrille ? » « Je ne l’ai jamais aimé. Et puis, son véritable nom est Constantin ; c’est peu de temps avant sa mort, quand il est devenu moine, qu’il s’est fait appeler Cyrille. » Quatre heures après, nous décollions vers le Moyen-Orient…

Jusqu’à la courte escale de Berlin, nous sommes restés, Ralda et moi, totalement silencieux, pris en otages par nos pensées, les miennes exclusivement consacrées, de façon quasi obsessionnelle et égoïste, aux émois de la nuit. À la descente, Ralda semblait tendue, préoccupée. De l’aéroport, elle a passé quelques coups de fil, puis m’a retrouvé au snack, très détendue, d’humeur joyeuse à l’idée de revoir sa ville, une des plus anciennes capitales du monde. Elle me semblait être une autre, et dès la reprise du voyage, littéralement prise de logorrhée verbale, elle ne m’a pas laissé placer un mot. Revoir Damas, elle s’en faisait toute une histoire, et puis elle a changé de registre : comme Circé après sa nuit d’amour avec Ulysse, elle voulait me faire confiance et donc, des confidences… C’est ainsi que j’ai appris qu’elle était une Mata-Hari en mission au service de la B.A.D.T, Brigade Anti Désastres Théologiques, à la poursuite de Lukas %Ben Salem, infiltré dans une organisation intégriste catholique à laquelle ma mère semblait affiliée, le mot laissé pour moi à l’auberge en caractères glagolitiques le laissait penser. « Hélas, Antoine, nous ne resterons pas longtemps à Damas. Nous nous rendrons plus au nord du pays, à Homs. Là se trouve le dernier descendant de Zénobie, la reine de Palmyre. » Damas, Homs. Je ne me suis jamais beaucoup soucié de ce qui du monde n’était pas inclus dans mon champ de vision (et par conséquent, de pensée), mais j’avais eu vent de ce qui s’y passait, des atrocités qui s’y commettaient – et j’avoue que je n’avais pas la moindre envie d’aller me frotter à des kalachnikovs. Devais-je lui en parler ou non ? Pour je ne sais quelle raison, j’ai senti que non, même (et surtout) si tout portait à croire qu’il y ait eu un lien entre cette guerre intestine et la brigade dont elle faisait partie. « Zénobie ? La reine de Palmyre ? » « Son véritable nom est Septimia Bathzabbai ; Zénobie est son nom latinisé. Elle a fait de Palmyre (aujourd’hui Tadmor) un foyer culturel important ; les premiers chrétiens, des penseurs de toutes sortes y ont été attirés. Après l’assassinat de son époux, Odénat, elle a proclamé son fils Vallabath empereur de Rome et a soumis une partie du Proche-Orient à son autorité. Ça n’a pas été du goût du véritable empereur romain, Aurélien, qui a fini par l’exiler. On ignore quand et comment elle est morte. Par la suite, les temples ont été transformés en églises par les chrétiens jusqu’à ce que Palmyre soit complètement détruite par les Arabes musulmans. Celui que nous allons rencontrer est un descendant direct de son fils. » « C’était à quelle époque ? » « En 200 après Jésus-Christ. » « Il y a deux mille ans ? Et il existe un descendant, en tout cas un descendant identifiable ? » « Oui. » « Comment est-ce possible ? » « C’est possible. » L’avion a amorcé sa descente et à, l’horizon, s’est profilée une ville nappée de panaches de fumée noire. Je me suis mis à trembler. Qu’allions-nous faire dans cet enfer ? Et qu’est-ce que maman avait à voir avec tout cela ? Ralda fixait aussi cette nuée sombre au loin ; je suis encore incapable de dire de quoi était fait son sourire ?;