
Cette après-midi, je suis descendu à Carrefour St Louis déposer des livres d’Éléonore. Sur la route du retour, je me suis arrêté à la book-box St Michel, en ai tiré trois livres avant d’entreprendre la montée (ascension ?) de la rue. Alors que j’en atteignais le coude, un petit groupe de personnes est sorti d’une maison, une jeune femme, une fillette et un homme. La jeune femme tenait un chien en laisse, une espèce de petit roquet noir aux yeux globuleux. Je l’ai regardé, il m’a regardé et, comme je les dépassais, j’ai ressenti une douleur au-dessus du mollet gauche. J’y ai porté la main, ai perçu un mouvement de la jeune femme vers l’arrière, ai compris : son chien venait de me mordre. « Ça va ? » a-t-elle demandé. J’ai dit, avec un peu de colère : « non, ça ne va pas ». Ça s’est arrêté là. Tous les trois (quatre ?) se sont immobilisés ; je me frottais la jambe, il y a eu un silence pendant une dizaine de secondes, puis l’homme a eu un léger mouvement vers moi en pointant l’index. « Il y a du sang, vous avez du sang ! » Je me frottais, la douleur commençait à s’atténuer ; j’ai regardé mon pantalon à l’endroit de la morsure, il n’y avait pas de sang, le tissu était intact. « Non, il n’y a pas de sang », ai-je dit. Mais il a répété : « il y a du sang, il y a du sang ! » Je me suis alors rendu compte qu’il était saoul, tenait à peine sur ses jambes. Il y a de nouveau eu un silence, je me frottais, ils ne bougeaient pas ; je ne savais que dire, que faire ; eux-mêmes ne disaient pas un mot, comme statufiés. La douleur se calmait et, au bout d’un moment, j’ai dit : « je verrai chez moi » et suis parti en les laissant tous trois stupides sur le trottoir (pas un mot de leur part, pas même d’excuse). Éléonore m’a badigeonné d’alcool, mis un pansement. Il y a trois petites taches de sang (une plus importante), traces des dents du roquet – visiblement, il n’avait pas apprécié mon regard sur lui, pourtant bienveillant –, de petits hématomes, c’est tout. C’est la première fois que je me fais mordre par un chien – heureusement qu’il était tout petit… Je délaisse un peu Maupassant (« délaisser », c’est ôter la laisse, non ?) pour Somoza. C’est prenant, très bien (un peu trop de ruptures de phrase, de son cru ou non)… (Je pense qu’en tant que traducteur, je prendrais la liberté de les supprimer ; elles sont malvenues et heurtent la lecture…)