Lettre de Jean-Stéphane jointe à un nouveau livre, le treizième, Des os desséchés... Jean-Stéphane écrit trop ; ou du moins publie trop, je l’ai déjà dit. Que dire de ce texte, autre variation de ses obsessions : la chair, la pourriture, le mal, la mort par le sexe quelles qu’en soient ses formes. Je pense qu’il se fourvoie, ou plutôt s’égare : son besoin d’écriture comme une rage lui fait oublier ce qu’il écrit. En même temps, je ne veux pas le juger, tout en le faisant malgré moi ; je me sens, en le lisant, dans la position d’un écrivain chevronné qui parcourt le texte d’un jeune inexpérimenté, maladroit. Cette impression, cette position malgré moi, me mettent mal à l’aise. Je n’en veux pas. Mais je ne puis rien contre, car c’est effectif et vrai : au fil de la lecture, je retrouve des erreurs, des tics, des gaucheries identiques aux miens et miennes il y a dix ou quinze ans. (Ces défauts ne sont pas dans Par petits bouts – écrit : À rebours, dans le manuscrit – et dans Six jours à Orval ; c’est bien une preuve qu’il publie trop, est trop impatient, ne se donne pas le temps. Mais a-t-il envie de se donner le temps ?...) (La madone de Munch sur la couverture a l’air de le déplorer aussi...)

 

9 mai 1999