« L’enfant onaniste est l’une des grandes figures de l’obsession médicale et hygiéniste de la bourgeoisie du siècle. Le médecin prend le relais du confesseur pour extorquer les aveux et menacer des pires châtiments. L’ouvrage du docteur Tissot, Onania, sera régulièrement réédité de 1760 à 1905. Les médecins sont unanimes. La masturbation épuise la substance de celui qui s’y livre ; elle menace la descendance saine, elle est un vice et un danger pour l’individu et pour l’espèce. La consomption, la sénilité précoce et la mort sont les étapes d’un dépérissement que rien ne peut freiner. On met en place des dispositifs de surveillance dans les dortoirs de pensionnat ; on invente des latrines dont les portes permettent de contrôler les occupants ; les spécialistes proposent même, jusqu’en 1914, des bandages sur mesure. En dernier recours, il reste la chirurgie et la cautérisation de l’urêtre. »