En arrivant au Salon d’art, nous avions remarqué que le quincailler au coin de la rue s’était transformé en une supérette-resto bio. « C’était mieux avant », a dit Sosthène ; « tout fout le camp », a dit Jean en faisant cliqueter sa paire de ciseaux ; « c’était le bon temps », ai-je conclu… La journée a été rythmée par ces formules parties de ce que me disait Sosthène de l’un de ses « potes » avec qui il s’était fâché au cours du réveillon. « Il n’arrêtait pas de s’exclamer : c’était mieux avant ! » De là la nostalgie. Mais Sosthène ne lui accorde pas la même définition que moi, littérale « le retour qui fait mal ». « Algie, c’est ce qui fait mal », lui ai-je dit, « la nostalgie est forcément attachée au regret. » Ça l’a déstabilisé, nous en avons souvent reparlé durant la journée. « Alors comment appelle-t-on le souvenir qui n’est pas mélancolique ou n’est pas attaché au regret ? » « Ça ne s’appelle pas », ai-je dit, « ou il faut lui trouver un nom… » Amélie l’a trouvé : la nostalgie heureuse. Il se trouvait dans le rayon à un euro de chez Pêle-Mêle. Je ne savais plus si je l’avais, je l’ai acheté. Sur le coup, bizarrement, je n’avais pas fait le lien avec notre discussion ; ça ne m’est venu à l’esprit que ce matin lorsque j’ai sorti les livres du sac. Je le lui ai envoyé…

 

2 février 2020